CO2 mon amour
'Le romantisme solaire c'est la garantie d'une énergie amoureuse constamment renouvelable'
'Le romantisme solaire c'est la garantie d'une énergie amoureuse constamment renouvelable'
- I see a darkness…
- On the edge of town?
- Yes. It's a town called malice
- Sometimes I can't believe it. I'm moving past the feeling.
- The F.E.E.L.I.N.G C.A.L.L.E.D L.O.V.E?
- Yes, because love is the drug. And I need to score.
- But the drugs don't work. I never thought you'd be a junkie because heroin(e) is so passé…
- I am though! So tell the girls that I am back in town! You'd better tell them to beware…
- Btw, Stephanie says that she wants to know, why she's given half her life to people she hates now?
- People are people, you know, and why should it be? I can't understand what makes a man hate another man.
- Pfff Obla-di, obla-da… So how were your Summer nights? Tell me more, tell me more!
- Waouh, summer loving happened so fast… I met a girl crazy for me…
- Did you get very far?
- Well you know, I'm incurably romantic… we were strangers in the night! Up to the moment when we said our first hello, little did we know, love was just a glance away, a warm embracing dance away…(sigh)
- Sodomy? Fellation? Cunilingus? Pederasty???
- Pfff….fuck you! Fuck you very very much!
- LOL(a) !
- She's like the wind (sigh) Heaven knows I'm miserable now…
- Come on, you gotta fight for your right!
- Yesterday, though my troubles didn't seem so far away, I just called to say 'I love you'; to say how much I cared. And you know I meant it from the bottom of my heart…
- Try. Try a little bit harder.
- She, she, she shine on, you know? It's a terrible love and I'm walking with spiders…
- Tss tss tss, try to laugh about it, cover it all up with lies; try to laugh about it and hide the tears in your eyes! 'cause boys don't cry.
- I know I'm a fool to cry. I'm a fool to cry and it makes me wonder why…
- Hmm. Anyway, winter, spring, summer or fall; all you have to do is call, and I'll be there. You've got a friend.
C'était vers la fin août, l'album avait leaké quelques temps avant et je me suis dit à ce moment là que les albums de fin d'été étaient souvent de belles promesses. Comme l'année d'avant quand j'écoutais à tout rompre The Suburbs d'Arcade Fire, quelque part dans la banlieue de Biarritz..
A la faveur du conseil de quelqu'un qu'on estime et qui nous dit 'écoute ça, je pense que tu vas aimer', quand déjà la moitié du boulot est faite, j'avais cliqué sur le Play de Tamer Animals. Là, instantanément, comme cela n'arrive que très peu souvent, j'avais entendu la batterie résonner en moi et me parler. Ces trois fois quatre temps sur les toms qui me rappelaient tellement la ligne de batterie de The National et de l'expanded version de Terrible Love. J'y retrouvais le piano, les chœurs et la batterie un peu tendue, comme pour mieux signifier l'urgence; l'urgence de partir, de découvrir le monde au son du galop de ces baguettes sur la peau des rototoms.
Tamer Animals fut ainsi la porte d'entrée d'une aventure épique aux côtés d'Other Lives: comme si moi, l'auto-stoppeuse de la highway au flux ininterrompu de sorties musicales, j'avais soudain vu une Impala poussiéreuse s'arrêter un peu plus loin sur le bas-côté non stabilisé, et qu'on m'avait fait signe de monter. Il devait y avoir un dreamcatcher accroché au rétroviseur; et une jolie brune aux discrets traits Navajo à l'arrière de la berline. A travers la vitre arrière, je voyais le désert s'étendre à perte de vue et ses petits rouleaux d'herbes folles emportés par le vent chaud. As I lay my head et son tambourin entêtant me rappelait les éperons des cavaliers du Pony Express; les castagnettes, une danseuse débarquée dans un saloon d'El Paso pour les distraire. Je traçais toujours la route et j'étais bien. Il devait sûrement y avoir des chevaux, quelques mustangs sauvages au loin quand Dust Bowl III a empli l'habitacle de tout son souffle épique, son petit motif de piano en fond comme pour attendre d'arriver tout en haut de la colline, jusqu'en haut de la côte où soudain l'on aperçoit l'étendue spectaculaire de ce paysage musical. Il faut s'arrêter. Embrasser tout ce qu'on peut de notre regard ébloui. Regarder, écouter puis se taire. Se taire lorsque commence Old Statues: cet éternel piano et cette guitare aux accents Leonesque qui semblent nous propulser quelque part entre la Death Valley et Big Sur. Ces chœurs tous droits sortis d'Atom Heart Mother qui explosent à 2'20, comme les déferlantes du pacifique qui s'écrasent contre les falaises bordant la highway 1.
Dans ma tête, je suis restée un moment à Big Sur, contemplant les Landforms, bercée par le violoncelle de la belle squaw qui chante les harmoniques. Celle-là même que j'ai vu quelques semaines plus tard en vrai, à Bruxelles. Ils avaient tous les cheveux longs, et ils avaient des tas d'instruments, beaucoup plus que ce qu'ils étaient en réalité. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas approchée si près d'une scène pour un concert; là, je pouvais les voir, ceux qui m'accompagnaient depuis trois mois et qui faisaient déjà partie d'une espèce de nébuleuse entre ultime respect, amour et déférence. Ils avaient des milliards de jacks à brancher, à enrouler autour de chaque micro, des pédales à installer, des trompettes à poser, des métallophones à tester, des guitares à accorder, ils le faisaient eux-mêmes. Comme les signes obscurs qu'ils adressaient à l'ingénieur du son là-bas tout au fond et qui ne semblait rien comprendre. Ils sont tous petits ces gars-là avec leur look de mormons, s'est-on dit. Même pas de roadie.
Et puis, après tout ça, quand le paysage fut planté, le décor installé, qu'ils sont revenus pour lever le rideau et qu'aux premières notes une émotion digne de mes plus grandes expériences live m'a submergée un instant, je me suis dit que les roadies c'étaient eux: eux qui ouvraient la route, qui la traçaient, qui la sublimaient, faisaient briller l'asphalte dans la jungle de tous les détritus déversés sur toutes les bandes d'arrêt d'urgence FM.
Je me suis tue, ai fermé les yeux quelques instants et je revis Big Sur. Keep writing, sourit-elle, tout l'or de tes mots ne vaudra jamais une autre chanson d'Other Lives.
Si l'on part du postulat bien célèbre que la musique adoucit les mœurs, l'amour de la musique devient, par la force des choses, un problème de santé publique.
Si la façon d'aimer était explicable par une régression logi(sti)que, l'intensité de l'amour serait la variable à prédire et la musique, la variable prédictive. Autrement dit, dis-moi quelle est la place de la musique dans ta vie, et je te dirai comment tu aimes. Dis-moi combien de disques, de mp3 tu as chez toi, comment tu les écoutes, et je te montrerai quel putain de beau nuage de points ça forme, tout ça. A quoi as-tu été exposé? Quand? Combien de temps? Laisse moi analyser de manière rétrospective ta rencontre avec le son, ton addiction sur une échelle de 1 à 10, ton score de Glasgow, Manchester ou New-York. Tes BPM. Ta music response. Ton folk, pop, électro-cardiogramme. Ton effet Placebo. Est-ce que ton amour pour la musique suit une loi normale mais sans plus? Une loi centrée réduite sur quelques albums qui régulent ta vie? Quelle est ta relation dose-effet? Khi deux nous deux suivra l'autre, par conséquent?
Sans avoir calculé très précisément le nombre de sujets nécessaires à cette étude, il m'est apparu récemment avec un maximum de vraisemblance, que l'attitude musicale suivait assez linéairement l'attitude amoureuse. Certes mon échantillon est très faible: limité à mes rencontres, à mes amis, à des bribes échangées, à des intuitions. On pourra facilement y opposer un biais de sélection, car l'essai n'est pas plus randomisé que les pistes de mon album du moment. Shuffle mode has been #
Mais voilà, à la lueur d'un simple ' j'écoute cet album en boucle depuis trois semaines, quinze fois par jour, je ne peux pas écouter autre chose, c'est quasi-obsessionnel', une phrase déjà entendue et déjà prononcée, un sentiment déjà vécu et expérimenté 8567 fois dans ma vie, il m'a semblé pouvoir aisément remplacer le nom d'un groupe, d'un album, d'une chanson par celui de quelqu'un.
'J'écoute Other Lives depuis un mois non-stop, j'adore viscéralement ce disque, c'est fou je ne m'en lasse pas' deviendrait alors ' Je connais Bobby depuis un mois, il me plaît grave, je crois que je suis in love' Dans les deux cas, seul le temps pourra juger de la lassitude du produit.
Car chez certains, la relation à la musique suit exactement le même schéma systémique que celui de l'amour. Prenons un premier exemple de cas clinique, au hasard de mon parcours personnel: The Doors. A 14 ans arborant un superbe t-shirt tye and dye à l'effigie de Jim M., je pleurais sur le plus grand recueil de poèmes de tous les temps du chanteur disparu, ses chansons déchirant mon cœur d'adolescente, ses boucles brunes transcendant ma vision du prince artiste et maudit que je rêvais de rencontrer. A la même époque plus ou moins, arborant d'autres t-shirt ou pulls camionneurs idoines de la génération 90, je pleurais tour à tour sur mon amour impossible et idéalisé pour les boucles brunes d'un bassiste –donc artiste et maudit- puis pour celles d'un baroudeur étudiant en géographie dont je rêvais qu'il m'emmenât rider la dune Barkhâne alors qu'il me disait à peine bonjour dans les couloirs de la fac. A 18 ans j'ai arrêté d'écouter les Doors. Il n'y a pas longtemps, par nostalgie, j'ai racheté L.A Woman puis écouté le titre éponyme qui était un de mes préférés; j'ai remis l'album dans les D de mon étagère et n'ai jamais réécouté les Doors. Pourtant mon engouement était tel que j'aurais autant tué pour Jim Morrisson, que pour Jean-Marc P. et Gérald B. L'amour dura 7'53, pourtant, if they say I never loved you, you know they are a liar.
Dans la même catégorie: Lenny Kravitz, Placebo, The Cranberries…
Analysons maintenant un autre cluster du nuage de points de la régression linéaire musique/ amour, un cluster qui se différencie du précédent par sa temporalité beaucoup plus brève mais néanmoins chargée d'intensité. Ce regroupement renfermerait ce qu'on pourrait appeler 'les amours tubes de l'été', ne souffrant pourtant aucune variation saisonnière et pouvant survenir n'importe quand, quoique de façon conjoncturelle. Après une courte analyse de ce phénomène, il m'est apparu que l'amour 'tube de l'été' ou encore l'amour 'one shot' arrive conséquemment à une overdose de musique dite 'cérébrale' ou 'torturée' bref, fatigante pour le corps et l'esprit. On peut ainsi parler ici de pure régression, non plus linéaire mais sentimentale, puisque l'attraction et l'émotion suscitées n'auront aucun rapport avec la valeur intrinsèque du produit et seront même dans certains cas inversement proportionnelles à sa qualité. Il sera intéressant ici de se pencher sur la relation dose-effet: à l'instar de l'homéopathie, une toute petite concentration de principe actif –on chante sol, sol, sol sur un accord sol, sol, sol avec une voix qui part dans les aigus et un gros beat synthétique- peut provoquer un effet assez démesuré, très troublant.
Prenons un deuxième exemple de cas clinique, au hasard de mon parcours personnel: Jon Bon Jovi. A 17 ans, alors qu'MTV Europe existe encore et que je découvre le champ des possibles du câble et ses vidéos qui tournent en boucle, je découvre également le slow qui tuera l'année 1995: Always, de Bon Jovi. Le clip jouera beaucoup dans mon attirance pour cette chanson et par extension, pour ce groupe. Une histoire de forme, déjà: le piano grandiloquent qui chiale sur une batterie au clic pur rock de stade, un effet poudre aux yeux de guitare vocodée, du cuir à bloc et la voix de hardeur du mec qui fait trop sexy sa mère. Les chansons de Bon Jovi dégagent une espèce de magnétisme assez irrationnel qu'on pourrait aisément apparenter à une attirance animale, comme si le double-riff de guitare qui ponctue It's my life était l'illustration sonore du fantasme couramment répandu de la petite fille qui a besoin d'une fessée parce qu'elle a été très très vilaine. 'Kshhh, Kshhh' Daddy issues.
L'amour Bon Jovi consiste donc à perdre tous ses moyens par des tremblements répétés en face d'un gros lover à la virilité débordante, à la bogossitude évidente, à la kislapétitude démesurée; d'être consciente que cette attirance n'est fondée sur aucune base solide en termes de nobles qualités chez le jeune homme –qui sont près du sol, sol, sol, avec une voix qui part dans les aigus pour dire 'trop chou' et une grosse bite synthétique (?)- mais d'être incapable pourtant de résister à cet attrait dé(phéro)moniaque. Tout comme les chansons de Bon Jovi font ressortir nos plus bas instincts de mélomane –d'aucun(e)s diront 'tes goûts de beauf'- l'amour Bon Jovi fait ressortir nos plus bas instincts de soumission, au point d'accepter les pires traitements pour notre ego de femme moderne post-68. De s'essuyer la main sur le siège d'une voiture après nous avoir caressé la joue, à prévenir que 'demain à 9 heures y'a des potes qui passent me chercher, donc euh..', ou encore à des messages attentionnés type 'Woh!'
Heureusement, la régularité d'écoute des chansons de Bon Jovi ne reste que très faible et est plus essentiellement liée au hasard qu'à une réelle velléité. Pourtant, la dilution bien que forte, produit à chaque fois les mêmes troublants effets. L'amour dure 6'35, I wanna lay you down in a bed of roses (avec des épines si possible)
Dans la même catégorie: I'm still loving you (Scorpions), Controversy (Prince), Sweet thing (Mick Jagger), Music sounds better with you (Stardust), Kylie Minogue…
Faisons une courte pause dans notre étude pour faire une petite analyse de résidus; en effet, les résidus ou " erreurs observées " sont définis comme étant les différences entre les valeurs observées et les valeurs estimées par un modèle de régression, ils ont la particularité de représenter la partie non expliquée par l'équation de régression, et de déceler les défaillances d'un modèle. Pour ce qui nous intéresse ici, les résidus concerneront tous les groupes, chanteurs ou chansons que l'on déteste depuis le premier jour, profondément et viscéralement. Ces artistes comme Noir Désir, Louise Attaque, Muse, Jean-Louis Murat, Camille, The Bewitched hands ne démontrent rien en tant que tels, si ce n'est que l'on peut aimer démesurément autant qu'on peut détester de la même façon. A priori et a posteriori. J'ajouterai une annexe à cette catégorie qui ne concernerait, pour l'instant, qu'un seul et unique album: Clandestino de Manu Chao. L'amour Clandestino, le bien-nommé, consisterait à aimer sereinement et en toute confiance, en s'apercevant bientôt du caractère clandestin de quelqu'un. L'imposture engendrerait le rejet, suivi du dégoût. 1 à 4 mois du premier album de Manu Chao engendre aujourd'hui un vomi instantané à l'écoute des premières notes de n'importe quelle chanson de cet album. Proxima estacion: Manu, ciao.
La troisième et avant-dernière catégorie de notre Analyse amoureuse en Composantes musicales Principales concerne les amours déçues. Souvent toute première entité statistique du nuage de points, il n'est pas rare que cette occurrence se répète au long de la vie. Cependant, l'expérience et l'oreille aguerrie atténueront progressivement cet effet néfaste qu'on pourra nommer ici 'biais de confusion' Prenons un exemple au hasard de cas clinique dans mon parcours personnel: Coldplay. En 2000, à l'aube du nouveau millénaire sort le magnifique Parachutes, bouffée d'oxygène et de poésie au milieu des prévisions de bug apocalyptique. Mon coup de foudre pour cet album épiphanique n'a d'égal que celui que j'éprouverai la même année pour une autre mélodie/ maladie d'amour. Parachutes contient toute la fraîcheur et la dramaturgie qui en font un album intemporel et à jamais un symbole des années 00. Le superbe titre Everything is not lost clôt l'album en forme d'hymne pour de beaux lendemains. Coldplay a de l'avenir, symbolise le post-Ok Computer, redonne la foi en une pop chair de poule, ravive l'Angleterre un peu en berne depuis la mort lente de la britpop des mid-nineties et l'ovni Radiohead trop cortiqué pour certains. Coldplay, l'année 2000 et le beau brun rencontré forment à eux trois, une bien belle promesse.
4 ans plus tard, Coldplay tente de transformer l'essai en composant un album ou il n'y a guère que trois chansons à garder ; et mon home-band split. Aujourd'hui, Chris Martin a fait un bébé, les anglais sortent leur cinquième album et ne sont plus considérés que comme des ersatz de ce qu'ils auraient pu être. C'est dire. L'amour Coldplay est celui d'un amour déçu. De ceux qu'on regarde avec juste une pointe de nostalgie, pas plus grosse que celle du doigt qui effleure la tranche du disque mais qui ne s'y arrête pas. It's easy to land but harder to fall ; oui Parachutes était une belle promesse. L'amour dura 2'16, don't panic, we live in a beautiful world.
Dans la même catégorie: Girls in Hawaii, Day One, Florent Marchet…
Nous voici à présent dans la dernière partie de l’analyse musico-factorielle des correspondances amoureuses. Sur les deux axes qui rassemblent le plus d’informations, nous allons nous intéresser à présent à ce gros cluster qui se situerait à la confluence extrême de l’axe ‘musique de la life’ et de l’axe ‘amour de la life’ ; autrement dit, jetons un œil sur l’intemporalité d’un album, d’un groupe, d’une chanson, d’un homme, d'une femme. Rares sont les corrélations positives, celles qui se rapprochent le plus de 1. De l’unité parfaite. L’unité d’une chanson et moi. L’unité d’un groupe et moi. L’unité de toi et moi. Grâce au recul de temps dont nous bénéficions dans notre étude, et avec une cohorte rétrospective assez solide, il est facile de dégager quelques tendances – l’analyse de survie sera effectuée dans un deuxième temps, après avoir comptabilisé les perdus de vue – Prenons au hasard un exemple, deux exemples, 17 exemples de cas cliniques dans mon parcours personnel : The Velvet Underground, REM, Arcade Fire, I belong to you, Beirut, The Smiths, The National, The Fairest of the Seasons, Bruce Springsteen, Phoenix, Nick Drake, High and Dry, The Strokes, Villagers, Wild Horses, Pulp, Etienne Daho …
Tous ces noms ont en commun l’amour immodéré et sans failles que je leur porte, peu importe la période à laquelle je les ai découverts. Tous ces noms ont également en commun un nombre incalculable de fois où je les ai prononcés, écoutés, où je leur ai souri, reconnus, entendus, où je les ai soutenus, compris, sur lesquels j’ai pleuré ; où je les ai défendus, vantés, partagés, parfois jusqu’aux insultes envers qui ne partageait pas mon amour pour lesdits artistes. Qui m’accompagnent depuis longtemps parfois. Depuis peu pour certains avec le sentiment de les avoir toujours connus. Qui me surprennent souvent ; dont j’aime certains côtés passionnément, qui laissent ensuite la place à d’autres; pas toujours les mêmes. 1991, 1993, 2004, 2007, 2010, 2011… le temps n’a plus de prise, même plus l’emprise du souvenir lié à telle ou telle chanson écoutée en boucle. Je rejette donc ici l’objection qu’on pourrait me lancer ‘votre éminent rédacteur, l’hypothèse de départ n’est-elle pas qu’on peut aimer passionnément une chanson parce qu’elle nous rappelle quelqu’un qu’on a aimé passionnément ?’ Nichts. Nenni meine freunden. Et c’est ici que je vous renvoie à ce passage d’un de mes mentors en termes de littérature musicale : ‘Et quand j’ai cherché à comprendre pourquoi si peu de chansons qui comptent pour moi restent associées à des sensations et des sentiments, je me suis aperçu que la réponse tombait sous le sens : quand on aime une chanson, quand on l’aime assez pour la laisser nous accompagner tout au long des différentes étapes de notre vie, la répétition gomme tout souvenir spécifique ’[1]
J'ajouterai que je suis fort aise de partager ce sentiment avec l'auteur, dans le cas contraire nombre de mes albums préférés se seraient transformés en supplice. Ou quand le son dépasse la lumière externe qui a pu, un jour, éclairer toutes ces mélodies. Même si, there is a light that never goes out, c'est celle du sillon qui reste à jamais. Et c'est tant mieux.
L’hypothèse de départ était donc ‘dis-moi comment tu écoutes la musique, je te dirai comment tu aimes’ ; le but de la réflexion était bel et bien de corréler une façon d’écouter la musique à une façon d’aimer. Peut-être eut-il été plus rapide et simple de décréter que tout être passionné par quelque chose abordait le sentiment amoureux de manière passionnée. Cependant, rien ne prouve cela, et je ne peux rien écrire sur la passion de la GRS, de la voile ou du Cookbooking. Tout simplement parce que je n’y connais rien. Et que je n’en ai, par ailleurs, rien à foutre.
Tout comme lorsqu'on établit des listes de disques, d'artistes ou de chansons qu'on emmènerait sur la fameuse île déserte, il convient de différencier ceux qui ont changé notre vie de ceux qui continuent de la changer, jour après jour. Différencier les passions fanées de celles qui subsistent. Les crush d'été, les one shot (note), les 33 tours et puis s'en vont, les hidden tracks trop bien cachées, les singles trop singles pour être honnêtes. Il convient aussi de laisser de la place dans la tour à CDs pour ce qui pourra y trouver sa place, quitte à devoir repenser tout le classement parce que merde, ça va flinguer l'ordre alphabétique, bordel!
Se souvenir qu'il y a des planètes à découvrir.
Et que l'amour c'est comme la parfaite chanson pop couple-et-refrain: ça dure 3 minutes 30 #mode repeat on.
- Je n'aurais jamais cru qu'on se rencontrerait! Le hasard est curieux, il provoque les choses.
- Oui Jérôme! C'est moi! Non je n'ai pas changé, hein?
- Non. Tu as mis de l'ordre dans tes cheveux et un peu plus de noir sur tes yeux. Ca me fait rire!
(silence)
- Hé oui; tu sais maintenant, c'est passé. Mais au début j'en ai bavé… je rêvais presque de vengeance.
- C'est mieux ainsi Hélène, c'était l'amour sans amitié. Il va falloir changer de mémoire.
- Pfff je ne sais plus les mots pour le dire alors, aide-moi. Mes souvenirs de l'avenir ne parlent que de toi.
- Ah, laisse passer. Le nuage est passé, ce n'est rien. Ce n'est qu'une tourterelle, qui s'envole à tire-d'aile. Des nouvelles de Jeff? Il est pas tout seul j'espère?
- Oui! Ecoute il tape sur des bambous et c'est numéro un. Tu sais, dans son île, on est fous comme on est musiciens. Et puis sur Radio Jamaïque il a des copains. En fait, il fabrique sa musique et ça lui va bien.
- Ah la musique! Oui, la musique!
- La musique est un cri qui vient de l'intérieur comme j'aime à dire souvent. Mais allons prendre un verre, et parle moi de toi. Que fais-tu de tes jours? Es-tu riche et comblé?
- Je vis seul à Paris…
- Mais alors ce mariage?
- Non. Entre nous: mes parents ont crevé de rage. Mais tu sais, si on t'organise une vie bien dirigée où tu t'oublieras vite, il faut que tu prouves que tu existes.
- Ouais, que tu résistes.
- Parfois j'ai l'impression que les parois de ma vie sont lisses. Tu vois, je m'y accroche, mais je glisse. Tout espoir m'étant condamné.
- Peut-être que tu devrais partir. Partir. On a tous un bateau dans le cœur. Un avion qui s'envole pour ailleurs…
- C'est vrai! Moi qui n'ai connu toute ma vie que le ciel du nord, parfois j'aimerais débarbouiller ce gris en virant de bord.
- Oui! Tu sais les voyages tournent une page. T'en fais pas mon ptit loup, c'est la vie, ça passera.
- C'est drôle parfois tu sais je pense à mes classeurs de lycée; mes blessures et mes secrets, toutes ces choses que je ne dis jamais.
- Tes premières amours, tes premières déchirures?
- Oui à Michèle surtout; c'est bien loin tout ça… les rues, les cafés glacés. Aujourd'hui même les trains de banlieue se moquent de moi.
- Et chez Laurette, tu te souviens comme c'était bien, comme c'était chouette?
- Ah! Là où on s'était dit rendez-vous dans dix ans? Même jour, même heure, mêmes pommes.
- Hé oui! Comme quoi il faut boire jusqu'à l'ivresse, sa jeunesse…
- Cela m'a fait du bien de sentir ta présence. Je me sens différent, comme un peu plus léger.
- Je vois! Surtout que t'as tout fumé les Craven A, t'exagères.
- Oui mais tu sais l'amour c'est comme une cigarette. Ca brûle et ça monte à la tête! Tiens c'est marrant, tout à coup tu ressembles à une aquarelle de Marie Laurencin.
- Rhooo.. tu sais, moi, les mots tendres enrobés de douceur se posent sur ma bouche, mais jamais sur mon cœur.
- Comme un igloo; farouche et empesé. Ultra-civilisée…
- C'est vrai. Alors que souvent je me dis, mais qu'est ce qu'on attend pour foutre le feu???
- Mais clair! Allons à l'Elysée brûler les vieux!
- Méfions-nous de la dictature qui sommeille. Le bruit des bottes est un mauvais réveil. Et surtout souviens-toi que l'homme qui travaille ne sera pas de taille en face d'un pouvoir qui a tout prévu pour la bataille.
- Tu es belle quand t'es odieuse.
- Et si tu m'emmenais danser ce soir? Que tu me faisais l'amour comme aux premiers instants? Comme cette nuit où tu as pris mes 17 ans…
- Tu crois pas qu'on a passé l'âge et qu'on n'y croirait plus?
- Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue.
- Allez va, viens boire un ptit coup à la maison!
- D'accord. Putain tu sais, je n'ai pas d'ami comme toi.
C'est étrange comme parfois des phrases prennent possession de notre esprit, comme ça d'un coup d'un seul, et s'installent un moment, se rappelant à nous en des instants aléatoires de la journée.
Voilà presque une semaine que cette phrase, titre d'un film de 1992 avec Brad Pitt, me trotte dans la tête sans que je sache vraiment pourquoi elle y est apparue. Depuis, cela donne à peu près ceci: 7h20, café, tartines, jus d'orange, série 'alla' con, douche, et-au-milieu-coule-une-rivière, 9h20, ville endormie réservée aux ultra-morningers (heum heum), bureau, mot de passe du PC, et-au-milieu-coule-une-rivière, pose de dialyse, clope, et-au-milieu-coule-une-rivière… ad libitum.
Mais au milieu de quoi coule cette putain de rivière à la fin???
L'image de la rivière et plus généralement, celle de l'eau, a toujours été source –c'est clair comme de l'eau de- inspirante pour les plus grands écrivains; de ses nombreuses évocations dans la Bible aux différentes chansons qui l'abordent, le thème de la rivière semble participer depuis longtemps de l'imaginaire sociétal collectif. La rivière sans retour, la rivière Styx, la rivière de diamants, les petits ruisseaux qui en font des grandes, pourquoi ces rivières soudain sur les joues qui coulent?
Est-ce ce que ce serait ça l'ultra-moderne solitude?
S'asseoir au bord de la rivière blabla comme dirait l'autre petit alchimiste et regarder l'eau qui file comme le temps qui passe. L'eau qui file comme les bas nylon des années soixante qu'on n'a pas connues, non non, et oui on sait c'était mieux avant; comme le nylon du fil de la canne à pêche flottant dans le courant où rien ne mord vraiment longtemps, à part la vie finalement. Morts de rire. Nous pauvres pêcheurs.
Well, well, well: wailaree… comme la rivière sans retour, celle d'Otto Preminger. Mais dans le(s) film(s), comme tout est toujours plus joli et plus facile, Robert Mitchum mi-beau gosse construit un putain de radeau pour dompter les rapides et finit par emballer la Marylin et son ukulélé. Hé oui! Parce que la vie, comme la rivière, sometimes it's peaceful and sometimes wild and free, hein! Ah ben tiens, on n'avait pas remarqué.
Que la vie c'était un peu comme un épisode de Man vs. Wild (at heart).
Que la vie, c'est comme dans The River de Bruce Springsteen: is a dream a lie if it don't come true? Or is it something worse, that sends me down to the river, though I know the river is dry. Le boulot dans l'aciérie du Midwest en moins.
Que la vie c'est donc de n'être que des hommes qui sont ce qu'ils peuvent, assis sur le bord des fleuves; et qui regardent s'en aller vers la mer, les bouts de bois, les vieilles affaires. La beauté d'Ava Gardner.
Moralité décousue comme le fil (de l'eau et) de l'histoire: on ferait mieux de se tirer dans les arides Pouilles. Save me Bari!
Ou la vie comme une grosse marmite de boules où l'on doit tirer les bons numéros. Pour un premier baiser cousu sur la bouche, comme dans Motus.
On cherche la boule aux yeux d'or, et sur koi kon tombe? Un gros boulet.
Try a little bit harder.
Ou la vie dont vous seriez le héros. Munissez-vous d'une paire de dés –non pipés-, d'un crayon –bien tailllé[1]- et d'une bonne dose de chance –aléatoire-.
Chapitre 1:
Vous êtes à un âge indéterminé mais assez avancé pour avoir déjà commencé à vous poser des questions sur l'avenir? Cet âge oscille entre 30 et 40 ans, et renferme peu ou prou les mêmes interrogations existentielles. Vous avez un métier depuis quelques années. Vous vivez dans une ville de province, somme toute, agréable. Vous subissez 'la crise' économique depuis quelques temps. Vous subissez 'la crise' sexuelle depuis que vous êtes né. Vous subissez 'la crise' politique depuis bien trop longtemps. Vous subissez 'la crise' climatique depuis 2003. Vous avez déjà un enfant, allez directement au chapitre 3.
Sinon, lancez-les dés.
Chapitre 2:
Vous avez fait entre 1 et 6 -ce qui est un score minable en passant-: Vous voilà à la croisée des chemins. Simplement muni de votre (heart)beat et de votre couteau, vous commencez à vous faire sérieusement chier dans un travail dont vous avez un peu fait le tour, vous avez accumulé les formations, usé vos jeans sur les marches de la fac, appris des tas de trucs et en même temps, rien. Votre formation a été 'mais trop intéressante, je te jure, c'est dingue le nombre de trucs qu'on apprend, c'est une découverte perpétuelle!' mais en même temps ne vous a pas mené là où vous auriez voulu. Mais là où vous vouliez, c'est où en fait?
Fort d'une expérience amoureuse chaotique mais riche –si, si, mais si elle était riche rhoo là là..- vous n'en êtes pas moins ni plus que là où vous étiez dans la préface. Attention, vous rencontrez soudain un beau jeune homme qui a l'air bien sous tous rapports, mais c'est en fait un orque déguisé en elfe pédé du seigneur des Anneaux. Vous avez le choix des larmes, de l'arme blanche ou des insultes. Prenez votre crayon et comptez les points sur la feuille blanche dont vous vous êtes munie après avoir, une nouvelle fois, jeté les dés –ou l'éponge-.
Vous avez fait 3, vous êtes un gros nase qui chiale sa mère sur votre amour perdu. Vous perdez 50% de vos points d'énergie. Attention, la route n'est pas finie et vous voilà bien affaibli. Si vous choisissez de vous enterrer dans la dépression Barbaresque, rendez-vous au chapitre 4. Si vous choisissez d'afficher sur votre frigo 'Tout ce qui ne tue pas rend plus fort', rendez-vous au chapitre 5.
Chapitre 3:
Malgré le poids du monde qui va 'à vau-l'eau, oh oui!', vous relativisez quelque peu vos problèmes existentiels amoureux et/ ou professionnels car vous avez un 'ptit bout d'cul trop chou' à nourrir. Son simple sourire au réveil –pour ceux qui ont la chance de ne pas avoir la gueule- efface tous les tourments de vos amours passées, et à travers lui, c'est un peu son père aussi que vous voyez. Si vous êtes restés en bons termes avec votre ex, allez directement au chapitre 6. Si au contraire vous vous foutez sur la gueule dès qu'il s'agit de partager les frais de la cantine ou de payer la classe verte en Auvergne, rendez-vous au chapitre 7.
Chapitre 4:
Vous voilà au milieu de votre appartement en train d'écouter en boucle 'Non je n'ai rien oublié' et/ ou 'Ma plus belle histoire d'amour c'est vous' et/ ou 'Pink Moon'. Vous n'en menez pas plus large que le canal de Panama, vous vous dites que de toutes façons tout est votre faute, comme quand papa et maman se sont séparés, que vous êtes nulle, moche et pas drôle. Et vous avez raison car vous commencez à être chiante à parler tout le temps de lui. On a juste envie de vous dire que c’était un gros connard et de clore le chapitre. Mais personne ne vous le dit vraiment. Pour ne pas vous faire de peine. C’est à dire encore plus de peine si c’était possible. Mais ça peut pas être pire parce que vous êtes déjà tellement au fond du trou que vous ne voyez même plus le trou. Alors qu’il aurait suffit que vous voyiez au moins le seul trou qu’il eut fallu remarquer : le gros trou du cul qui vient de vous larguer. Vous êtes foutue à l’intérieur comme une belle cacahuète qu’on ouvre et qu’est toute blette. Et le suivant, s’il y a, paiera pour les autres. Vous avez perdu tous vos points de vitalité. Game Over
Chapitre 5 :
Après avoir tout de même écumé tous les singles qui vous rappellent cette ‘meeerveilleuse histoire d’amour’ et pas trop saoulé vos amis – ou comme ils sont sympas, ils ne vous l’ont pas dit - vous décidez de reprendre du poil de la teub – principe valable pour les filles et les gays - et de vous étourdir dans des fêtes, sorties et autres challenges amoureux. Vous repérez un petit mignon qui traîne dans le coin où vous travaillez et qui vous a souri. Et comme vous n’avez pas trop de temps à perdre et un peu de solitude à combler, vous décidez de prendre les choses en main. Vous le contactez par des moyens technologiques avancés. Lancez les dés, pour voir ce que cela donne.
Vous faites entre 9 et 12 : forte de ce score maximale et armée d’une volonté à toute épreuve pas loin du harcèlement, le gentil jeune homme finit par vous répondre. Mi-intéressé mais marié, il continue cependant de vous sourire. Si vous décidez de continuer à alimenter cette histoire qui s’annonce foireuse, allez au chapitre 8. Si vous décidez sagement d’en rester là, allez au chapitre 9.
Chapitre 6 :
Votre enfant pousse à vue d’œil et ‘oh mon Dieu comme le temps passe vite, les enfants on ne les voit vraiment pas grandir’. Le fruit de votre amour qui n’est plus, ou qui n’est pas complètement, ou qui est en train de se transformer, ou qu’on sait pas trop ce que c’est mais ça nous saoule un peu à la fin de se demander ; le fruit de votre amour donc, vous fait relativiser la plupart du temps votre échec amoureux et vous force à vous concentrer sur autre chose comme des œufs au plat avec des pommes dauphines, des bayblades, des sorties au Bocasse ou encore des crises de nerfs. Le protagoniste du chapitre 4 vous aura envié parfois, dans une crise dépressive, de pouvoir supporter la rupture avec plus de recul en voyant ce petit être suer sang et eau parce qu’il remonte le toboggan à l’envers. Bien sûr comme vous êtes des parents modernes et que vous alternez la garde dans une relative bonne entente, les moments de solitude reviennent régulièrement en semaine 1, 3 et 5 et le blues du (bruit) blanc vous assaille encore parfois. Vous avez quitté le chemin tout tracé pour un autre plus hasardeux. Lancez maintenant les dés.
Vous avez fait 11 : vous êtes encore dans la fleur de l’âge et de la maturité sexuelle, vous n’avez plus de névrose liée à votre désir d’enfant puisque vous en avez déjà ; vos parents sont toujours ravis de vous débarrasser du mioche quand vous en avez besoin. Vous avez un week-end sur deux de libre, voire une semaine entière. A vous les apéros d’été, les œillades aux jeunes de 25 ans, les targets pères d’enfants. Vous arrivez dans un sous-bois, il y a un festival de spectacles et d’art de la rue. Et une pelletée de mioches sur les épaules de leur père, si ça se trouve, célibataires eux aussi. Vous décidez de rester. Jusqu’à la fin du conte, happily ever after. Fin
Chapitre 7 :
Tout ce qu’il peut dire sur vous n’est rien à côté du sourire qu’il vous tend. Votre enfant, votre bataille. Justement, vous croisez votre ex au sujet de la déclaration d’impôts et des parts à attribuer à chacun. Prenez un crayon et comptez les points sur une feuille blanche. Lancez les dés. Vous avez le choix des larmes, des vieux dossiers qu’on ressort ou des insultes car la communication est impossible. Vous faites un 7. Vous choisissez les vieux dossiers ; ça finit par des insultes ; et par des larmes. Vous ou bien lui commencez à boire. Tout le monde s’en mêle, s’emmêle, c’est la bérézina. Les années passent, et les rencontres aussi. Vous culpabilisez pour vos enfants car vous avez peur d’en avoir fait des névrosés. Rassurez-vous, il suffit simplement d’avoir un père et une mère pour être névrosé. Le temps tasse les choses. Vous reprenez des relations normales avec votre ex. Parfois même vous vous remettez avec lui. Vous avez perdu 50% de vitalité mais vous êtes encore vaillante. Vous pardonnez mais vous n’oubliez pas ; écrit sur le frigo, aussi… Fin
Chapitre 8 :
Malgré les conseils avisés que vous avez glanés en activant votre réseau, vous décrivant un portrait peu flatteur du fumeur de clopes qui vous sourit, vous décidez d’en rajouter une couche voire plusieurs. A force de persuasion et du peu d’orgueil qui vous reste dans cette histoire, vous arrivez à fumer une clope avec lui. La bataille commence. Prenez une feuille et un crayon. Vous avez le choix des armes : ‘et sinon tu fais quoi au département de chirurgie?’ ou ‘est-ce que tu as un animal familier ?’ ou bien ‘ça vient d’où ton nom dans le monde ?’ Lancez les dés. Vous faites un 10. Vous vous déchirez en posant la première question et vous passez pour une débile. L’assurance du mec n’a d’égal que votre propre gauchitude. Vous n’arrivez même pas à placer une blague. La clope est finie. La magie absente. Vous rentrez tranquillement dans votre bureau checker vos e-mails et refaire votre CV. Vous appelez une copine. Vous dites ‘tu sais pas ce qu’il m’a dit ??’ Vous avez 15 ans alors qu’en vrai, bientôt 33. Vous êtes dépitée de ce non-événement. Vous auriez mieux fait d’écouter vos amis, alors que vous ne le faites pas très souvent. Vous reprenez votre chemin, avec votre (heart)beat et votre couteau, mieux aiguisé cette fois. Fin
Chapitre 9 :
Du fin fond de votre morale judéo-chrétienne non nourrie, mais tout de même tapie dans l’ombre, vous décidez que vous n’allez pas continuer à correspondre avec quelqu’un qui n’est pas disponible, tout super beau qu’il soit.
Vous auriez bien aimé discuter de ce roman franco-libanais avec lui mais vous soupçonnez qu’il ne sera pas très réceptif à ce genre de conversations, sur la foi d’une expression qu’il a lâchée quelques jours plus tôt : un ‘trop chou’ qui aurait fait dire à n’importe qui qu’il était soit gay, soit muni d’un bébé en bas âge. Dans les deux cas, rien n’était possible. Vous avez pris la bonne décision, vous vous en félicitez. Vous apprenez de vos erreurs. Vous faites contre mauvaise fortune bon cœur. Vous ménagez votre monture pour voyager loin. Vous êtes dotée d’un optimisme à toute épreuve. Vous tirez le positif de chaque situation. Vous êtes pleine de ressources et toujours de bonne humeur. Vous savez vous protéger. Vous voyez toujours le verre à moitié plein. Vos points de vitalité sont à bloc. Vers le 12 août, Jupiter en Poisson vous fera espérer le meilleur si vous êtes née autour du 26. Votre vie sera sans nuages. Amen. Fin (la plus improbable)
[1] Blague grave'lol'
14h37 ' S'il n'y a pas d'autre manière de pardonner que le bon-débarras, alors plutôt le ressentiment ! Car c'est le ressentiment qui impliquerait ici le sérieux et la profondeur : dans le ressentiment, du moins, le cœur est engagé, et c'est pourquoi il prélude au pardon cordial ' Vladimir Jankélevitch – le Pardon, 1967.
15h37. Voilà une heure que j'essaie de savoir si je suis d'accord avec cette phrase de Jankélevitch. Penser donc à lire en entier 'Le Pardon' ou à défaut de temps, l'ABC du bac philo.
Quelques jours plus tôt, je faisais moins la maligne à une terrasse de bar devant trois bretzels et une bière, quand la discussion s'est engagée sur 'et toi, est-ce qu'il y a des gens dont tu as envie de péter la gueule quand tu les croises?' C'est certes moins classe que Jankélevitch et moins bien amené; et s'il est sûr qu'on peut le tourner de façon plus cérébral, cette question existentielle de comptoir n'en reste pas moins celle-ci: 'je suis dans un bateau avec pardon, ressentiment, pétage de gueule et oubli. Je tombe à l'eau. Kicétiki reste? Hein?' (non, le Youki n'est pas la bonne réponse)
I don't know why you're mean to me. I don't know what you mean to me.
Entre autres phrases qui resteront à jamais dans ma mémoire et que j'ai plus ou moins utilisées à bon escient –telles que 'on ne construit pas son bonheur sur le malheur des autres' par exemple- ma mère m'a souvent répété que l'indifférence était le plus grand des mépris. Oui, ok, j'ai toujours été d'accord avec ça. Le problème est justement d'arriver tout naturellement à éprouver l'indifférence et qu'elle ne soit pas une simple stratégie. Qui ferait perdre tout son sens à cette maxime et au précepte. Et puis, quand on y réfléchit deux secondes, éprouver de l'indifférence c'est ne plus rien éprouver du tout finalement, et encore moins du mépris donc. Rien, plus rien. Pfiout. Un soulagement. Ou un vide, au choix.
Mais avant d'atteindre cet état d'apaisement, d'irréfragable certitude ou de 'bon-débarras', il semble qu'il faille toujours faire avec le ressentiment. Dans son acception philosophique, selon Nietzsche entre autres, le ressentiment naît de la position de l'homme dans un état d'impuissance totale, qui engendre une frustration et une incapacité à s'extérioriser. Dans son acception populaire, le ressentiment est entendu comme de la rancune. Rancune mêlée d'un désir bien enfoui de vengeance que la vie se chargera de rendre à notre place, hopefully; comme un retour de karma secrètement espéré (ouais je sais, aime ton prochain blablabla)
Mais en fait il s'agit ici de parler de la possibilité du re-sentiment, pour qui est capable de l'entendre ainsi. Le re-sentiment comme une renaissance du sentiment originel. Car nous ne sommes pas tous égaux face à la rancune. Certains prendront la claque comme une porte qu'ils maintiendront fermée à jamais et calfeutreront l'interstice d'air qui s'engouffre toujours insidieusement parfois.
Pendant que d'autres, plus courageux ou plus humbles peut-être? Plus sincères ou plus généreux peut-être aussi? D'autres batailleront avec ce sifflet d'air, en le prenant tantôt comme un frisson qui glace l'échine, comme un filet susceptible d'éteindre à tout instant la flamme qui malgré tout subsiste; et tantôt comme un souffle nouveau, comme une bulle d'air qu'on cherche à travers les goulets où l'on a été plongé, un peu d'O2 dans l'odieux split screen de la vie qui défile à toute vitesse.
You know with love come strange currencies
Be mine #2: quand on ne sait plus si ça sert à quelque chose de ré-essayer, de re-sentir; où si tout ça c'est comme si on pissait dans un séquenceur. Quand on ne sait plus si ce qu'on échange a encore de la valeur, si un amour est encore un capital valable sur lequel spéculer; où si les pièces brillantes du début qu'on faisait tourner à l'image des têtes qui nous tournaient sont devenues si polies par le temps et les épreuves qu'elles ont beau être polies, elles n'en sont pas moins sans gêne.
Quand on ne sait plus si on veut continuer à jouer pour espérer gagner au deuxième tirage. Ou bien juste balancer 5 centimes sur la table du déjeuner qui a du mal à passer.
16h51. Jankélevitch me fait chier avec sa phrase obscure. Qu'il me pardonne cordialement si j'ajoute un tiret: dans le re-sentiment, oui le cœur est engagé et peut préluder au pardon cordial. C'est même la prophylaxie indiquée.
Ou autrement écrit: 'Il faudrait parvenir à un cœur clarifié ' Michel Houellebecq - La poursuite du bonheur, 2000
(Des)astre(s)
Toutes les histoires d'amour se ressemblent. Mêmes scénarii étranges. Seuls les visages changent.
Au milieu de ces nombreuses chansons où l'on voit en 3'30 le verre tantôt à moitié vide, tantôt à moitié plein, Daho compose également des chansons entières sur la perte, la rupture, l'abandon, les regrets. De l'être aimé, mais aussi du père, thème qu'on développera plus loin et qui n'est pas sans importance dans ses compositions. 'Le grand sommeil', deuxième titre meilleur en live qu'en studio (avec celui cité plus haut dans Daho 1#) est une ode à la dépression post-rupture avec ses vers à la dramaturgie assumée: 'Je ne peux plus me réveiller, rien à faire/ sans toi la vie est devenue un enfer/ entortillé dans mes draps et prisonnier de mon lit/ j'aimerais que cette nuit dure toute la vie' Un peu plate en version studio, la version du Live Ed de 1989 introduit la chanson par un solo de batterie qui va crescendo jusqu'à l'explosion sur la dernière phrase du premier couplet, et qui donne tout son relief à cette chanson-désespoir. Grande sœur de celle-ci et énorme tube en 1986 sur le fameux Pop Satori, 'Tombé pour la France' enrobe de sa mélodie entêtante et de ses petites gouttes de synthés ce même thème de la rupture. On y ressent encore plus le côté désespérément romantique de Daho, la vibe du jeune Werther, cette soif de l'autre qui l'a pourtant quitté, le cœur qui saigne, l'orgueil en berne:' je m'étourdis ça ne suffit pas à m'faire oublier que t'es plus là/ j'ai gardé cette photo sur moi, ce photomaton que t'aimais pas/ si tu r'viens n'attends pas qu'au bout d'une corde mon corps balance'
Acmé de cette désillusion chronique, la chanson 'Les mauvais choix' qui figure sur 'Corps et Armes' en 2000 enfonce le clou dans le corps d'un Daho désabusé; plus de dix ans après Pop Satori, cette chanson qui côtoie pourtant sur le même LP 'Le Brasier' citée auparavant, tire des conclusions peu optimistes sur l'amour et ses victimes collatérales, et surtout sur la répétition de schémas stériles, conséquences du premier grand amour: 'inconsciemment reproduire chaque fois/ la toute première fois/ le tout premier mauvais choix'. Le titre de cet album peut alors apparaître assez limpide: quand on a essayé d'aimer corps et âme et que cela ne fonctionne pas, pour ne plus y laisser de plumes on finit par aimer corps, ok; mais armes, surtout. Et même si l'ambivalence demeure toujours, notamment à travers des chansons comme 'Ouverture 'ou 'Le brasier', les expériences laissent des traces, Daho grandit, et semble faire un tour sur sa vie autant que sur lui même.
Mais quand demain se lèvera, je serai libre, retour à moi
2003, l'année de la 'Réevolution'. C'est le huitième album de Daho qui, s'il n'est pas aussi intéressant musicalement que les précédents, comporte au moins une chanson digne de figurer au panthéon des meilleures: 'Retour à toi'. Dans quelques chansons déjà avant cet album, on ressent chez Daho que le pendant de cette quête du 'double' n'est que le corollaire d'un 'soi' ambivalent. Sans surprise car c'est une loi universelle, il y a chez lui un ego assez développé qui côtoie l'éternel manque de confiance en soi, une soif d'être aimé pour être aimé et parfois peut-être pas assez pour l'être aimé. On trouve une belle illustration de ce concept dans la chanson 'Comme un igloo' comportant cette phrase qui résume assez bien l'égo-mantique de Daho: 'Abondance de moi n'a jamais rien gâté'
En moindre écho à cette phrase écrite et chantée des années avant, la chanson 'Retour à toi', magnifique mélodie qui ouvre 'Réevolution', offre un titre encore une fois, très intéressant à analyser. Daho y exprime en substance que l'on ne peut aimer sans s'aimer soi-même; mais surtout que quoi qu'il se passe, quelle que soit la personne que l'on rencontre, on demeure inévitablement seul, avec son moi intérieur: 'mais sous les apparences, le prix du vêtement/ personne ne lèche les plaies et le sang/ de celui qui survit' Personne, pas même l'être aimé. Plus qu'un 'Retour à toi', Daho fait dans cette chanson un (re)tour sur lui-même. Et dit en d'autres mots ce que Daniel Balavoine exprime dans 'Dieu que l'amour est triste':'ne pas dire que l'amour est ce qu'il y a de plus fort/ car la vie bouge encore quand un amour est mort' La comparaison entre les deux auteurs s'arrête évidemment là (quoique).
Cette chanson est le premier stigmate du travail d'introspection que Daho donne à entendre dans ses chansons: 'ennemi de soi-même, comment aimer les autres?/ étranger à soi-même, étranger pour les autres' Pour autant, bien que cette chanson exprime plus le désir de lui-même pour lui-même - que chacun a cherché un tant soit peut en soi pourra comprendre et valider- Daho la remet dans un contexte d'ouverture sur l'autre et reste plus généreux que narcissique à travers ce refrain: 'et quand demain se lèvera/ je serai libre/ retour à toi'. Ce titre, pièce maîtresse de l'album, ouvre la porte de l'introspection cathartique de Daho, qui va lui permettre quelques années plus tard, de parvenir (peut-être) à la rédemption (song). Et de ressusciter le père.
Si je n'ai pas su te dire à temps, que je pensais à toi tout le temps. Mon guerrier, mon roi, mon petit prince.
2007. Nous y sommes. Daho a mis quatre ans à écrire cet album intitulé 'L'invitation'. On y retrouve les thèmes centraux de toute son œuvre: l'amour, la passion. Mais le recul et l'expérience aidant, Daho qui revendiquera toujours le côté autobiographique de ses compositions, y parle de choses dont il n'avait jusqu'alors jamais parlé: sa famille. Et plus particulièrement, son père. Et s'il suffit à un psychanalyste de comprendre le fonctionnement d'un homme –ou d'une femme- dans sa relation à son père; il suffit à quelqu'un de lambda d'avoir rencontré plusieurs hommes avec des 'Daddy issues[1]' pour en tirer quelques conclusions sur les séquelles que cela peut provoquer. La chanson ‘Boulevard des Capucines’ est ainsi une lettre réelle ou imaginée -retravaillée en tous cas- que son père aurait écrite à l’artiste des années après l’avoir abandonné à l’âge de 3 ans. Daho ne reverra jamais son père et se construira donc avec ce sempiternel sentiment d’abandon qui modèle précisément ces hommes : à la recherche du père, de la figure tutélaire absolue, de l’ainé qui montre le chemin, du maxi-moi, du phare dans la nuit.
Et si Daho avait passé sa vie à ne chercher dans ce double salvateur que la figure du père qui lui a fait défaut ? Et si cette quête de l’absolu, cet alter ego, cet ‘autre moi’ n’était que le fantôme de ce guide qu’il n’a jamais eu ? Ce besoin de reconnaissance, ce besoin de bienveillance, de valorisation qu’il recherchera à tout prix chez quelqu’un d’autre: 'Sur scène tu es le centre/ la foule aimante vacille/ j'observe lorsque tu chantes/ que brillent les yeux des filles'
L'abandon subi un jour engendre un besoin d'abandon dans les bras de l'autre; abandon total, besoin de fusion, avidité de perfection; par peur d'être abandonné à nouveau? Le manque du père, de l'astre, est le désastre de Daho. Et il n'aura de cesse de vouloir combler ce manque en essayant de s'évader, 'sur la terre comme au ciel', mais surtout au ciel, en l'air, au milieu des astres.
Et tu voudrais que je t'emmène. Alors viens, dans mes vies martiennes.
Il est troublant de remarquer que dans beaucoup de chansons de son répertoire, Etienne Daho utilise le champ lexical des éléments et des planètes. Le ciel, la hauteur, l'ascension autant que la terre, la gravité (au sens propre comme au figuré), la mer et le soleil reviennent quasi systématiquement dans ses chansons. La pochette de l'album 'Singles' est intéressante à ce point de vue: on y voit le chanteur courir sur une piste d'aéroport, un avion décollant derrière lui. Symbole d'un besoin de fuite, de voyage, d'ailleurs.
'Pour nos vies martiennes', album sorti en 1988 en est un exemple probant. Disque d'or à sa sortie, cet album contient notamment les singles 'Bleu comme toi' et le célèbre 'Des heures hindoues" (classé parmi les meilleurs jeux de mots de toute la chanson française par l'équipe rédactionnelle de cet article)
Le titre même de l'album est une illustration du goût de Daho pour cet ailleurs qui revient sans cesse; des vies martiennes, marginales, où l'on se sent décalé dans une société des années 80 acquise au capitalisme et aux blazers à épaulettes autant qu'à l'auto-bronzant. La chanson 'Des heures hindoues' m'a d'ailleurs longtemps posé question. Daho y évoque dans le refrain ce 'Gemini', que j'ai d'abord compris comme une évocation du signe zodiacal du Gémeaux (le double), du jumeau. Mais en cherchant un peu, il se trouve que Gemini est le nom de plusieurs missions spatiales américaines dédiées à l'exploration de la vie dans l'espace, à l'étude des effets de l'apesanteur. Dont acte. Daho cherche toujours vers le haut, le t'aime astral, l'alignement des planètes.
Il convoque les plus brillantes dans 'Duel au soleil' pour évoquer, à nouveau, le départ de l'être aimé: 'Satanée pleine lune rousse triangle des Bermudes/ J'fais rimer latitude solitude et incertitude (…)/J'fais un vœu, le feu d'un duel au soleil/ Je rêve d'un duel avec toi'. Il est encore question du caractère néfaste de la lune dans la superbe 'Le premier jour du reste de ta vie' et c'est à Shakespeare[2] que l'on pense dans l'appréhension par Daho de cet astre versatile: 'Pourquoi vouloir toujours plus beau, plus loin, plus haut?/ et vouloir décrocher la lune quand on a les étoiles?'[3] Cette même lune introduit 'Épaule Tatoo' en y décrivant un personnage complètement étourdi de souffrance 'Be bop pieds nus sous la lune/ sans foi ni toit ni fortune/ je passe mon temps à faire n'import'quoi'
Mais au-delà des planètes, ce sont de constantes références aux quatre éléments que l'on relève dans quasi toutes ses chansons. L'étonnante 'Un homme à la mer' et son riff d'intro magistral les regroupe d'ailleurs en une seule chanson: terre, mer, feu et ciel. 'C'était bien là le fameux paradis/ y mettre un pied marin et se sentir saisi/ par ton regard chaud (…) entre désir en rade et désert blanc/ je pense à toi la moitié du temps[4]/ à ton regard clair, ton regard clair/ aveugle et plein de toi vers la lumière/ quand le soleil incendie la mer'
Chacun leur tour, ces thèmes sont repris incessamment, comme des leitmotiv. Light-motif du feu qu'on retrouve dans 'le Brasier' la bien-nommée: 'que vive la flamme/ que vive la flamme/ pour à nouveau prendre feu et brûler jusqu'au bout'. Même écho dans 'Retour à toi': 'et que monte très haut la flamme des bougies', mais aussi dans 'Duel au soleil' dont on a parlé plus haut. Puis 'Quel est ce rayon éblouissant?' dans 'Soudain' que l'on a aussi déjà évoquée.
Enfin et la liste est non exhaustive 'Du lever du soleil brûler jusqu'au matin crème' dans 'Des attractions désastre' est assez explicite de l’enclin qu’a Daho à exposer ses ailes.
Je suis ailleurs mais où est-ce d’ailleurs? On me trouve parfois là-haut sous les toits. Il est en l’air un monde un peu meilleur
C’est ainsi que, comme on l’évoquait en introduction, et bien plus que tous les autres éléments, on se rend compte de façon stupéfiante que c’est bel et bien l’air qui inspire Etienne Daho. Cet air qu’il recherche à tout prix dans toutes ses chansons, cette ascension à laquelle il aspire, cette pesanteur contre laquelle il lutte, cette douleur qu’il expire sans cesse. Qu’il expie.
Souvenez-vous de cette pochette d’album ‘Singles’. Un avion. Il n’est pas de hasards.
Quand Daho chante ‘Saudade’ : ‘en ce mois de fous messages/ j’ai un rendez-vous dans l’air (…)Où mène ce tourbillon/ Cette valse d'avions/ Aller au bout de toi et de moi/ Vaincre la peur du vide/ Les ruptures d'équilibre’ il est le funambule de l’amour. Toujours dans les airs. Sans attaches comme dans ‘Sur la terre comme au ciel’ qui figure sur l’album ‘L’invitation’ où il écrit ‘Et je suis libre comme l'air/ Oui, je suis libre comme l'air (…)/Je n'ai plus de liens, plus d'attache’
Sans attaches et pointant vers autre part, quelque part où ‘c’est sûr il y a autre chose/ over all the rainbows’[5]
Sans attaches ‘et si j’ai rampé tout en bas/ j’ai surfé aussi tout là-haut/ sur les cimes ondulantes et hop ! J’enchaîne’[6]
Etienne Daho est à l’image de cette description si poétique que fait Maxence Fermine dans son roman Neige :
‘Il y a deux sortes de gens.
Il y a ceux qui vivent, jouent et meurent.
Et il y a ceux qui ne font jamais rien d’autre que se tenir en équilibre sur l’arête de la vie.
Il y a les acteurs.
Et il y a les funambules.’
Les 33 tours d’E.D sont depuis toujours dans mon sillon. Comme un fil(in) conducteur, une eternal soundtrack of a spotful mind. Et si j'ai rampé tout en bas, j'ai surfé aussi tout Daho. Sur mes cimes ondulantes musicales, 'Manège (éternelle) à moi, c'est toi'